Novembre 2025. Sur les conseils de Christophe Bier, l’infatigable Gentry Austin* nous demandait s’il était du domaine du possible de prendre rendez-vous avec le CNC afin de visionner Le Sexe à la Barre; la vénérable institution étant en possession d’une copie 35mm du film de Georges Cachoux, totalement invisible depuis sa (très) brève exploitation en salles en 1975.
L’idée était on ne peut plus simple: Nous avions le synopsis, quelques coupures de presse, deux, trois photos, il nous fallait maintenant savoir quel était le temps de présence à l’écran d’Annie dans le film de Cachoux... 30 secondes grand max!
Belle apparait à brûle-pourpoint, se fout à poil, plonge dans une piscine, gesticule sur une pelouse, est gratifiée d’un gros plan, et salut la compagnie!
Ah, ça fait court!
Quoi qu’il en soit, et comme vous pourrez le lire ci-dessous, le film fut une agréable surprise. En effet, après avoir envoyé un compte rendu détaillé à Gentry, celui-ci nous proposa gentiment de publier une chronique sur le blog; ce n’était pas l’objectif à la base, mais… Comment refuser?
« Archétype de la comédie délurée à la française, Le sexe à la barre ne fait pas dans la demi-mesure, et enchaîne, à un rythme suffisamment soutenu pour ne pas lasser le spectateur, les gags navrants, et quelques idées de mise en scène plutôt efficaces.
On est globalement dans un registre proche de celui d’un Max Pécas des bons jours, mêlant satire sociale ras-des-pâquerettes, bons mots, filles constamment à poil et bonne humeur générale. C’est d’ailleurs l’intérêt principal du film: les acteurs s’amusent énormément !
On a ainsi l’impression d’assister a une virée entre potes venus s’envoyer en l’air au bord d’une piscine et boire des coups aux frais de la princesse, tout à leur joie d’être payés pour cela.
À ce stade, il convient de noter le nombre proprement hallucinant de scènes de nudité dans le film. Il ne se passe pas trois minutes sans que l’on voit des culs à l’écran, tant féminins que masculins ! C’est d’autant plus réjouissant que les filles sont superbes, sans exception, et que Jean-Claude Bercq et André Chazel, les deux vedettes masculines, sont particulièrement désinhibés et prennent un plaisir évident à l’exercice.
Certes, l’aspect « critique de la petite bourgeoisie », de son opportunisme et de son hypocrisie sociale ne fait pas dans la dentelle; mais on comprend vite que Cachoux s’en moque, tant les discours ampoulés de nos révolutionnaires de pacotille sont grotesques; au même titre que l’attitude de nos deux chefs d’entreprise, en pleine crise de la cinquantaine, prêts à toutes les contorsions intellectuelles pour justifier leurs infidélités: « Nos femmes… Elles nous dévorent, avec leurs phantasmes de petites bourgeoises mal baisées ! ».
Pour torchés sur un coin de table qu’ils furent probablement, certains dialogues font mouche: « En attendant le grand jour, on va faire du shopping ! » déclare Anne Libert après que sa camarade, la magnifique Carole Chauvet, a galvanisé les membre de l’organisation « Le Sexe à la Barre » avec un discours qui doit tant à Karl Marx qu’aux Marx Brothers; et puis cette réplique sans appel d’Hubert (André Chazel) aux protestations de la femme de son comptable qu’il tente de violer:
- « Et mon mari ? »
- « Je vais l’augmenter, tout s’arrangera ! ».
Il conviendra donc de juger le film à l’aune des plaisirs simples que procurent les prémices de la sexploitation française de l’époque: Nudité, humour potache et satire politico-sociale, se vautrent dans le bain libertarien post-mai 68, et pour tout dire, aujourd’hui encore, ça fait un bien fou !
En effet, profitant du relâchement de la censure promise avec l’arrivée de Giscard à l’Élysée - dont le titre « Le Sexe à la Barre » parodie le fameux slogan de campagne - nombre de productions françaises, bouclées en un temps record, poussèrent dans ses derniers retranchement l’idée même que l’on se fait d’un film « de cinéma », usant jusqu’à la corde les prétextes scénaristiques les plus débiles pour multiplier les scènes de sexe, flirtant parfois avec le porno.
Dans ce domaine, le film de Cachoux est un mètre étalon: D’entrée de jeu, le spectateur est témoin d’un couple qui teste la literie d’un magasin dont le slogan est « Avec les matelas Casanova, c’est un plaisir de faire l’amour chez soi »; peu après, alors qu’elles discutent dans le salon, nos deux bourgeoises, Isabelle et Dorothée, se dénudent afin de satisfaire le voyeur de l’immeuble d’en face; plus tard, l’actrice Annie Belle apparaît comme un cheveux sur la soupe, dans une séquence surréaliste, où elle lance à l’assemblée: « Ça vous dérange pas? Je vais faire une photo de cul pour un bouquin réactionnaire ! », et de se dessaper aussitôt sous les hourras des convives !
Le trophée d’interprétation en roue libre revenant à une Anne Libert déchaînée, hurlant du plein de ses petits poumons ce résumé définitif de l’entreprise « Le Sexe à la Barre »: « Si vous croyez que ça vient comme ça l’extase ?! Non ! Faut être à poil ! ».
Anar’, grivois, opportuniste, parfois franchement drôle et surtout incroyablement français, le film de Cachoux est une sorte de Polaroïd de l’époque, la face cachée (et honteuse) d’une vague érotique tricolore dont la postérité ne retiendra, in fine, qu’« Emmanuelle » et une poignée de Borowczyk.
Pour sympathique quelle soit, cette minuscule production (dynamisée par l'excellent score de Romuald Figuier) était d’évidence déjà ringarde à sa sortie; exploitée sur le tard, dès lors coincée entre « la fesse d’auteur » en vogue et l’arrivée du porno hexagonal qui n’allait pas tarder à squatter les écrans français pour les années à venir, « Le Sexe à la Barre » a complètement disparu des radars après quelques semaines à l’affiche. »
Albert Roubi
Nous remercions le CNC pour son professionnalisme et son amabilité.
*Gentry est chercheur en cinéma, il travaille actuellement sur une monographie consacrée à Annie.
